Chercheurs étudiants
 

Myriam St-Gelais


Étudiante à la maîtrise en études littéraires
Université du Québec à Montréal
Sous la direction de Daniel Chartier
st-gelais.myriam@courrier.uqam.ca

Titre du mémoire: «L'émergence de la littérature innue: conditions de production et d'institutionnalisation»

De traditions orales riches et complexes, les Amérindiens du Québec n'utilisent la littérature écrite comme forme d'expression artistique que depuis quelques décennies. Les premiers textes littéraires amérindiens publiés voient le jour, au Québec, à la moitié des années 1970 principalement en réaction aux mesures assimilatrices des politiques canadiennes. Si les premiers textes littéraires publiés apparaissent il y a une quarantaine d'années, ce n'est que depuis une dizaine d'années que nous assistons à une effervescence du milieu littéraire amérindien au Québec. Parmi les différentes littératures autochtones d'expression française au Québec, c'est la littérature innue qui m'intéresse, puisqu'elle commence à occuper une place notable sur la scène littéraire québécoise et internationale et qu'elle se compose d'une quantité substantielle de textes qui forme un corpus diversifié. L'étude des textes innus pose de nombreux défis aux études littéraires, puisqu'ils émergent de sphères culturelles, sociales et politiques qui diffèrent de celles des productions littéraires québécoises et occidentales. Ces divergences créent des contextes particuliers de production et de développement de la littérature innue qui, tout en participant au vaste champ littéraire occidental et plus particulièrement au champ littéraire québécois avec lequel elle partage un territoire ainsi qu'une langue, utilise des voies issues de la culture innue. Pour ma recherche, à défaut d'étudier l'ensemble des œuvres littéraires innues, je m'intéresserai d'abord à l'essai autobiographique intitulé Je suis une maudite sauvagesse (1976) d'An Antane Kapesh écrit en innu-aïmun et traduit par l'anthropologue José Mailhot. Cet ouvrage m'intéresse d'abord puisqu'il est le premier texte littéraire innu à être publié, ensuite parce qu'il engage une réécriture de l'histoire coloniale selon une perspective innue. Ensuite, j'examinerai le recueil de poésie Bâtons à message / Tshissinuashitakana (2009) de Joséphine Bacon écrit en français et en innu-aïmun dont les traductions sont faites par l'auteure même. Bien qu'elle ne soit pas la première à publier des textes littéraires, Bacon, qui est sans doute l'une des figures les plus importantes de la scène littéraire autochtone au Québec, est considérée comme l'une des pionnières de la littérature innue. Son premier recueil m'intéresse puisqu'il soulève maintes questions quant au rôle de la littérature écrite innue dans la transmission des savoirs et de la culture traditionnelle à l'époque contemporaine. Finalement, j'étudierai le roman Kuessipan (2011) de Naomi Fontaine dont le style d'écriture et les propos en font un texte tout-à-fait nouveau dans l'univers littéraire autochtone et québécois. J'ai d'abord choisi ces textes puisqu'ils sont de genre distinct et qu'ils sont écrits par des auteures issues de différentes générations. Ensuite, puisque chacun des textes impliquent un rapport différent à la langue d'expression utilisée. Et finalement, puisqu'ils engagent tous des parcours de diffusion et de réception particuliers. à partir du corpus sélectionné, je pose donc l'hypothèse que les textes littéraires innus constituent une littérature en émergence et s'inscrivent dans un processus de légitimation et d'autonomisation tant en ce qui a trait aux conditions de production, de diffusion et de réception auxquelles participent tout autant les auteurs innus qu'un certain nombre d'instances institutionnelles.


Publications

«Le territoire dans les veines de Jean-François Létourneau. Les voix occultées de l'Amérique», Littoral, no 11, automne 2016, p. 66-68.